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Éducation, santé, emplois… : Voici les conditions pour un dividende démographique gagnant

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Pour s’octroyer son premier dividende démographique et en profiter pleinement, la Côte d’Ivoire devra mettre en œuvre des politiques volontaristes dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation et l’emploi. A l’instar des pays d’Asie de l’Est, celles-ci passent nécessairement par la maîtrise d’un certain nombre d’indicateurs concernant la population et surtout par des investissements soutenus dans lesdits secteurs.

Le directeur général de l’Office national de la population (Onp), Docteur Hinin Moustapha, indique, comme préalable, l’accélération de la transition démographique, qui est « la condition initiale nécessaire au changement de la structure par âge et donc à la diminution des taux de dépendance ». D’où la nécessité, dit-il, d’intensifier les efforts en faveur de la santé de la reproduction, de la santé des enfants et l’éducation des filles afin d’assurer le rapide déclin de la fécondité. Qui, pour l’heure, frôle les 5 enfants par femme contre une moyenne mondiale de 2.4 enfants.

Il faudra, alors, indique-t-on du côté de l’Onp, engager une politique d’amélioration de l’accès aux contraceptifs, aux informations relatives à la planification familiale et aux services de santé de la reproduction. De plus, les femmes devront-elles être davantage sensibilisées sur les avantages des grossesses espacées.

L’Onp, à travers son premier responsable, indique que parallèlement à la maîtrise des naissances, l’État de Côte d’Ivoire devra faire en sorte de « garantir la santé et la nutrition des populations à l’effet d’accroître les chances de réussite des enfants à l’école et améliorer la productivité des travailleurs ». Ce qui nécessite des investissements suffisants et efficaces dans l’éducation des jeunes afin de s’assurer que ceux-ci terminent leur scolarité et disposent de compétences requises pour s’insérer dans un marché du travail en perpétuelle évolution.

Ainsi, concernant la santé, les experts de l’Onp rappellent qu’une population saine contribue fortement à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Aussi, est-il « indispensable d’œuvrer à l’amélioration de la santé de l’enfant par le biais des programmes de vaccination et de nutrition et de favoriser l’accès continue des adolescents et des jeunes aux services de santé y compris les services de santé de la reproduction et de planification familiale », explique le directeur général de l’Onp. Cela permet, dit-il, de retarder la première grossesse et de lutter contre les infections sexuellement transmissibles ainsi que le Vih/Sida.

En ce qui concerne le cas particulier des maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, diabètes, etc.), on remarque une tendance à la croissance. Les taux sont passés de 24% en 2000 à 36% en 2015. A l’Onp, on estime que c’est une conséquence du nombre croissant de personnes dépassant la soixantaine, et d’une prise en charge insuffisante des pathologies correspondantes. Faut-il le noter, tous les plus de 60 ans des 50 prochaines années sont déjà nées, et leur nombre va atteindre 4,4 millions en 2035 et 7,1 millions en 2050.

Face à cette montée des seniors, le directeur général de l’Onp appelle au lancement de campagnes de prévention, à une augmentation des équipements, à une amélioration de l’accessibilité aux traitements spécialisés nécessaires, et à la formation de spécialistes cardiologues, oncologues, gérontologues et autres personnels. « Avoir une population de seniors en bonne santé, toujours capables de contribuer à la richesse du pays et non d’être à sa charge, devrait constituer une réelle priorité », note-t-il

Au niveau de l’éducation, Docteur Hinin explique que les investissements sont essentiels pour capitaliser sur le potentiel d’une main-d’œuvre saine et productive. En effet, la qualité de l’éducation doit être améliorée tout en renforçant l’égalité des chances entre les filles et les garçons. L’accès à l’enseignement secondaire, à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle a besoin d’être élargi et adapté afin que les jeunes acquièrent les compétences requises pour trouver un emploi productif et décent.

A l’Onp, on fait remarquer que les politiques éducatives jouent également un rôle dans la création de l’opportunité du Dividende démographique. La baisse de la fécondité est fortement liée aux niveaux croissants d’éducation parmi les hommes et les femmes. L’éducation contribue à accroître l’âge moyen au mariage et réduit les préférences liées à une taille plus importante de la famille.

Les jeunes diplômés ont tendance à retarder le mariage en vue de poursuivre des études, faire des stages professionnels ou travailler et économiser suffisamment avant de se marier et fonder une famille. Avoir des enfants très jeunes a une répercussion sur l’opportunité car cela limite la main-d’œuvre et met une pression sur l’épargne des jeunes hommes et femmes.

Ainsi, les politiques et programmes visant à promouvoir et à encourager les études à travers la construction d’écoles secondaires, l’accès à une éducation de meilleure qualité, l’augmentation des taux d’inscription et de fréquentation au sein de la population jeune en pleine croissance, contribuent à ouvrir la fenêtre d’opportunité du Dividende démographique.

Ces politiques visent à promouvoir l’approvisionnement d’une main-d’œuvre conséquente et hautement qualifiée, qui peut facilement s’insérer dans les secteurs économiques, notamment dans le secteur industriel, où il y a une forte demande de travailleurs débutants et avec d’énormes potentialités.

En général, les politiques éducatives doivent permettre de créer des opportunités d’éducation de grande qualité et en quantité suffisante tant pour les hommes que pour les femmes.

Les enjeux, selon le directeur général de l’Onp, c’est aussi de diminuer la pression des effectifs à scolariser au primaire, de dégager des ressources nécessaires pour améliorer l’accueil des enfants à ce niveau, de mieux former les enseignants, et de dégager des moyens supplémentaires pour accroître les capacités d’accueil au secondaire et au supérieur. « Ceci, parallèlement à la poursuite des efforts permettant d’aboutir à une meilleure gouvernance du système éducatif pour améliorer l’efficacité des investissements dans l’éducation et la formation professionnelle ».

Pour ce qui est de la question de l’emploi, les experts de l’Onp, indiquent que les politiques d’éducation devront être associées aux politiques de l’emploi afin de créer une adéquation entre le capital humain et les exigences de la croissance.

Pour les jeunes, Docteur Hinin Moustapha fait savoir qu’en plus de réduire la durée du chômage, il faut améliorer la qualité de l’éducation, de la formation professionnelle et de la transition démographique. En conséquence, les initiatives nationales en la matière devraient-elles, entre autres être adaptées au stade d’avancement du processus d’obtention du dividende.

Un accent particulier devra être mis sur la définition de nouveaux besoins de compétences en lien avec les changements structurels majeurs observés dans l’économie du pays.

Autres politiques que le pays devra mener en vue du dividende démographique, ce sont « des réformes en matière de gouvernance, d’environnement des affaires et du commerce extérieur », indique Docteur Hinin Moustapha.

Il explique aussi que l’État devra mobiliser des ressources afin de faciliter l’investissement dans les secteurs à forte intensité de main d’œuvre. De plus, il importe de réaliser des investissements dans les infrastructures sociales et de procéder à une gestion durable du foncier et de l’urbanisation.

Ce que gagne le pays

Si la Côte d’Ivoire parvient à planifier et à effectuer les investissements nécessaires dans les premières étapes de la transition démographique, « il créera ainsi un cercle vertueux consistant à améliorer l’éducation, le capital humain et la productivité économique. C’est la voie choisie par les Tigres asiatiques, puis de nombreux pays latino-américains pour sortir de la pauvreté », soutient le directeur général de l’Onp, Dr Hinin Moustapha.

De manière plus détaillée, s’agissant de l’éducation au primaire, on aurait, en 2035, des effectifs d’enfants à scolariser de 6 à 12 ans d’environ 20% inférieurs, dus à la maîtrise des naissances. Cette proportion serait de 48% en 2050.

Les marges budgétaires ainsi réalisées pourraient servir à l’amélioration de la qualité de l’éducation au primaire, nécessaire pour garantir de meilleurs résultats au secondaire et au supérieur. Ces gains financiers contribueraient aussi à l’augmentation des capacités d’accueil au secondaire et au supérieur.

En matière de santé, l’accélération de l’utilisation de la contraception pourrait permettre à la Côte d’Ivoire de réaliser un gain de près de 100 milliards de FCfa sur les dépenses totales de santé pour les grossesses et la petite enfance. Ces gains passeraient même à un peu plus de 150 milliards en 2030.

Les marges budgétaires ainsi réalisées pourraient être réinvesties dans l’amélioration des services, la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles qui prennent de l’ampleur dans notre pays.

Ce travail d’expertise et de modélisation qui est réalisé par les services de l’Office national de la population et qui combine les politiques économiques, éducatives et de maîtrise de la fécondité conduira la Côte d’Ivoire, à l’horizon 2030, à un revenu par tête d’habitant (Pib/habitant) d’environ 8 000 dollars en 2030 et 12 000 dollars en 2050. Ce qui classerait la Côte d’Ivoire, à un horizon proche, parmi les pays à revenu intermédiaire tranche supérieure.

Le décret de l’Observatoire national de suivi du dividende démographique attendu

L’Office national de la population (Onp) est le maillon clé du dispositif institutionnel de coordination et de suivi de la quête du dividende démographique en Côte d’Ivoire.

Cette institution abrite l’Observatoire national du suivi du dividende démographique (Ondd). Véritable outil de veille informationnelle, cet Observatoire est surtout un outil de décision stratégique qui permet d’orienter les actions en faveur de l’atteinte du dividende démographique, véritable levier pour l’émergence de la Côte d’Ivoire.

Seulement, voilà, depuis sa mise en place, cet important maillon de la lutte pour le dividende démographique attend le décret qui lui donnera toute sa plénitude formelle et opérationnelle.

L’Observatoire national du dividende démographique travaille sur des questions qui prennent en compte plusieurs départements ministériels. A savoir, la santé, l’éducation nationale, l’emploi, la sécurité sociale, la jeunesse, la formation technique et professionnelle, l’économie, le budget et plusieurs indicateurs des Objectifs de développement durable (Odd).

Le décret qui pourrait être pris d’un moment à l’autre permettra aux experts sectoriels de travailler avec les experts formés par l’Onp. L’Observatoire prendra alors toute sa place au sein de la plateforme constituée par l’ensemble des Observatoires nationaux du dividende démographique du continent.

Faut-il le rappeler, ces institutions ont été créées dans le cadre de l’initiative Autonomisation des femmes et dividende démographique (Swedd). La plateforme qu’elles constituent permet, entre autres, de renforcer la collecte et l’analyse de données relatives au dividende démographique. Ce qui permet d’assurer un meilleur suivi des politiques publiques pour l’atteinte du dividende démographique.

Source : Fratmat.info

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